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Logement : l'urgence électoraleLes sonnettes d'alarme ont toutes été tirées depuis longtemps : les prix de l'immobilier caracolent, même les classes moyennes ne parviennent plus à se loger. Les politiques ont-ils pris la mesure de l'urgence ? Marianne2007.info a enquêté.
Il paraît que c'est une bonne nouvelle : pour la première fois, la Chambre des notaires enregistre un léger fléchissement de la hausse de l'immobilier. Pour autant, après une augmentation de 120% du prix du mètre carré depuis 1998, le bilan du logement tourne à la catastrophe. « Outre le noyau dur de gens très mal logés, on compte cinq millions de personnes prêtes à basculer dans la précarité. Aujourd'hui, des employés de mairie sont obligés de dormir dans leur voiture et des policiers ne trouvent pas où se loger », rappelle Christophe Grebert, chargé d'études à la Fondation Abbé Pierre. Ce n'est pas un scoop, tout le monde est au courant : « Il y a 5-6 ans, on devait batailler pour faire reconnaître qu'il y avait une crise, désormais, c'est acquis. » La situation s'est tellement dégradée que, du logement social, on a glissé à la question du logement tout court. Mais dans le débat politique, le silence sur le sujet est plus épais qu'un mur en pierre de taille.
Tous propriétaires ? Seule la droite, au pouvoir, dispose d'un vrai programme dans ce domaine, bien qu'à l'énoncé trompeur. Sous le slogan : « favoriser l'accès à la propriété », il s'agit surtout de favoriser les plus aisés qui souhaitent investir dans la pierre. La loi Robien offre de beaux cadeaux fiscaux aux acquérants qui louent au prix – exhorbitant - du marché. Le « Borloo populaire », construit sur le même modèle, majore ces cadeaux si les loyers proposés sont plus « sociaux » (70% du prix du marché). Quel intérêt pour le bailleur ? « Cette mesure, qui ne connaît pas un franc succès, est intéressante pour un propriétaire qui peine, de toute façon, à louer son bien », observe une juriste de la Fnaim*. Autrement dit : un bailleur détenteur d'un logement peu attractif ou mal situé peut désormais le louer à bas prix en se rattrapant sur l'avantage fiscal. La logique qui se dégage de ces plans contente les détenteurs de patrimoine, mais creuse les inégalités. Annick Lepetit, en charge du logement au PS, ne mâche pas ses mots pour dénoncer ces mesures qui n'aident en rien les couches populaires : « La loi Robien est scandaleuse, elle coûte cher à l'Etat. Cet argent devrait aller à la construction de logement social ! », martèle la députée du XVIIème arrt. de Paris. Du logement, oui, mais pour qui ? L'argment porte : la construction est, de l'aveu de tous les acteurs, un point crucial puisque la hausse générale s'explique par le manque d'offre sur le marché immobilier. La droite s'est attaquée au problème, et a même réussi, par ses mesures incitatives, à battre un record en 2005 : 450 000 nouveaux logements ont été construits. « Le problème, c'est qu'ils sont trop chers et hors de portée pour les deux tiers de la population », constate Christophe Grebert. A l'Ump, on ne suggère rien pour inverser la tendance, au contraire. Du logement, oui, mais pas de social. Quand Nicolas Sarkozy propose que les locataires de HLM deviennent propriétaires de leur logement, il n'énonce aucune mesure pour renouveler le parc social qui basculerait ainsi, peu à peu, dans le domaine privé. « Et ne nous leurrons pas, grimace Pierre Giaccomo, président de la CNL*, personne n'achètera les appartements de la barre des 4000 de la Courneuve. Ce qui va partir en premier, ce sont les HLM des beaux quartiers dans les centres ville. » Avec pour conséquences inévitables… la ghettoïsation et la poursuite de la hausse immobilière. Noël en avril Alors, quelles solutions ? A gauche, on est plein d'enthousiasme. Renforcer les aides au logements, construire 120 000 logements sociaux par an pour le PS, 200 000 pour les Vert, assurer un toit pour tous au PC… A ce défaut près que l'encre n'est pas encore sèche sur les copies. Le programme socialiste tient en une demi-feuille de jolies propositions – non chiffrées et non détaillées. Annick Lepetit assure qu'elle y travaille, elle espère avoir finalisé le projet avant la fin des primaires pour permettre au débat de s'ouvrir. Il serait temps. Parmi les candidables PS, il n'y a guère que Laurent Fabius qui paraît décidé à faire du logement une « priorité ». Mais, malgré sa bonne volonté affichée, lui aussi semble faire les frais d'un certain manque de réflexion. En clamant récemment qu'il voulait donner pouvoir aux préfets d'obliger les maires à appliquer la loi SRU, loi qui oblige certaines communes à construire 20% de logement social, il a juste oublié de préciser… que c'était déjà le cas. Les préfets en ont le pouvoir, ils omettent simplement de l'exercer par manque de volonté politique. Le logement demeure donc un grand chantier qu'il est urgent d'entreprendre. Mais une chose est sûre : le candidat qui ouvrira le feu sur le sujet raflera la mise. Car cette année, les électeurs ne se priveront pas de choisir, sur dossier, celui à qui ils signeront un bail de cinq ans à l'Elysée… ----------------- *Fnaim : Fédération nationale des agents immobiliers **CNL : Confédération nationale du logement Vendredi 13 Octobre 2006 - 08:00
Anna Borrel
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