|
||||||||||
|
L'Europe dans le bleu, Sarkozy dans le rougePar Nicolas Domenach. Sarkozy en sauveur de l'Europe? On croit rêver. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises, puisque le président s'apprête aussi à promouvoir… le modèle social français !
On dira, les sarkozystes le martèlent, que Nicolas Sarkozy n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il doit affronter une situation difficile. Le voilà servi, à domicile. Il doit même être au Nirvana, car l'Europe dont il prend la présidence est dans le bleu et la France dans le rouge ! Ce n'est pas nouveau, certes, puisque l'Europe avance toujours dans la crise. La mystification était de prétendre que les dirigeants européens l'avaient surmontée, cette crise, grâce au mini traité sarkozyste. Un trompe-l'œil pour borgne…
Le vote négatif des Irlandais est venu le rappeler sèchement : les peuples d'Europe n'aiment pas le «machin» bruxellois qu'on leur a fabriqué. Trop technocratique, trop éloigné de leurs préoccupations, pas assez protecteur. Ils aiment, et de plus en plus, l'idée de l'Union, mais pas ce grand marché exposé aux vents glaciaux du libéralisme mondialisé. C'est ce refus qu'ont exprimé les nonistes irlandais comme les Français précédemment ainsi que les Hollandais. Alors, Nicolas Sarkozy qui était à l'origine du «traité simplifié» (!) et fier, précédemment, de la tentative d'escamotage des problèmes institutionnels devra commencer par prendre en compte cette réalité-là, et ne pas tenter de nouveau de ruser avec. Il lui faut faire son deuil de sa marche triomphale espérée et de sa volonté faraude de se présenter en sauveur suprême de l'Europe. Le Parisien dimanche le présentait pourtant encore ainsi. Las… Pour se sauver lui-même et préserver ce qui peut l'être, il lui faudra trouver un beau et bon rebond, et ça, il sait faire, changer de pied, réinventer un semblant de dynamique ; les crises financières, économiques, sociales institutionnelles l'exigent. Il y travaille, mais sans se bercer d'illusions. Nicolas Sarkozy ne peut pas être le sauveur suprême, pas plus à Paris qu'à Bruxelles, encore moins même… La gouaille de Sarko fait peur à nos partenaires européens L'Europe ne veut pas de Zorro, surtout en sa personne turbulente et tintinnabulante dont ses partenaires se méfient parce qu'ils le trouvent arrogant et imprévisible. «Heureusement qu'il y a Jean-Pierre Jouyet », soupirent nos partenaires que le Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes s'en est allé visiter et rassurer, alors que le Conseiller spécial élyséen, Henri Guaino, les inquiétait également et les agaçait avec ses prétentions à construire quasiment seul l'Union méditerranéenne, en marginalisant l'Allemagne et l'Europe de l'Ouest comme du Nord. Marche arrière toute ! En laissant derrière soi un sillon de mécontentement. Nicolas Sarkozy les a, lui, ulcérés par sa gouaille de «Titi hâbleur», par ses manières de nouveau riche exhibitionniste, son «toucher palpeur» trop familier, ses inconséquences libéralo-nationalistes, cette façon si française de donner des leçons d'européisme et de ne pas se les appliquer à soi-même en matière économique et financière. Le coq français ne chante jamais si fort que lorsqu'il a les pieds dans la boue. Avec l'importance de notre dette, ainsi que notre croissance en berne, et alors qu'au foot nous avons été éliminés de l'Euro dès le premier tour, nous en avons presque jusqu'au bec. Peut-on encore coqueriquer alors ? Le salut est dans le social Des voix autorisées, comme on dit, engagent le chef de l'Etat à montrer quelque retenue. Valéry Giscard d'Estaing a ainsi souhaité hier que son successeur fît preuve de «modestie», lui qui incarne… l'immodestie faite homme ! Il faudrait donc lui demander, à Nicolas Sarkozy, de ne quasiment plus respirer ! Il répondra sans doute ce soir sur France 3 qu'il n'est «ambitieux que pour l'Europe», et il se couvrira du manteau des besoins des citoyens européens. C'est cette réconciliation avec les peuples qu'il prétend vouloir chercher, à travers les priorités qu'il a fixées : d'abord le paquet climat-énergie, puis l'immigration, deux dossiers où un accord peut être trouvé, et qui permettraient d'apporter des réponses concrètes et même des améliorations à la vie des citoyens, en tout cas pour ce qui concerne le coût comme l'utilisation de l'énergie. Les questions agricoles seront plus difficiles à manager ; la politique agricole, qui profite à la France, pourra-t-elle être sauvegardée ? Le fonds de l'ère idéologique est bien meilleur que du temps de Chirac, avec la spéculation sur l'alimentation et les famines mondiales qui rendent les aides aux agriculteurs indispensables. Ce qui ne devrait pas empêcher de mieux les cibler enfin ! Le dossier de défense européenne peut par ailleurs réserver des surprises… sur le plan intérieur ! Car l'orientation sarkozyste - la réintégration dans l'OTAN sous prétexte d'hypothétiques concessions des Américains qui nous donneraient leur bénédiction après nous avoir toujours bloqués - ce pari américanophile déplaît à toute à la droite gaullo-chiraquienne qui se mobilise contre «cet abandon de la proie pour l'ombre», comme le dit Alain Juppé. Il semblerait même que François Fillon soit passé du côté des rebelles… A moins que ce ne soit son ombre. Il faudrait donc que Nicolas Sarkozy décroche de substantielles et peu probables avancées pour imposer ses vues. Mais c'est maintenant sur le terrain social que le président veut de surcroît occuper. Jean-Pierre Jouyet le tambourine dans une interview donnée aujourd'hui à La Tribune « il faut donner une dimension sociale à la présidence européenne ». Quelle découverte ! Il est bien tard. Xavier Bertrand, ministre du Travail, et Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives, ont été tirés du lit et convoqués en catastrophe. Le salut, leur a-t-on expliqué, est dans le social… Heureusement ce sont des petits dormeurs et de grands faiseurs, dit-on. Et ce sera peut-être l'occasion de redécouvrir qu'il y a un modèle social français que le gouvernement ne voudrait pas laisser détruire, contrairement aux apparences, et qu'il voudrait même l'étendre aux peuples de l'Europe, voire du monde entier… Incroyable ! Littéralement… Lundi 30 Juin 2008 - 13:03
Nicolas Domenach
Lu 12964 fois
Vos réactions
Dans la même rubrique
|
|||||||||
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72
|
||||||||||












