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Kassovitz, plus dure est la chute de «Babylon»



Il y a un cas Kassovitz. Prenez son nouveau film, Babylon A.D., ou plutôt, hélas, ne le prenez pas. C'est une démonstration éclatante du gouffre qui sépare l'ambition de la prétention, un galimatias apocalypto-christique avec explosions récurrentes de véhicules divers, un fatras futuriste proche par le sujet et le style du Fils de l'homme, d'Alfonso Cuaron, adapté de Maurice G. Dantec, qui ne se prend pas lui-même pour la moitié d'un cyborg.

Toorop, un mercenaire musculeux (Vin Diesel, gros bras certifié de la série «Fast And Furious»), doit convoyer une mystérieuse jeune fille blonde, Aurora (Mélanie Thierry, la seule à émerger), de Moscou à New York en passant par le détroit de Bering, où il y a un sous-marin. La jeune fille a été élevée dans un couvent chinois par une nonne kung-fu (Michelle Yeoh, qui projette de temps en temps son pied en avant) . Elle est très convoitée car elle peut sauver l'humanité, en fait elle s'appelle Marie. L'apparition furtive et amidonnée de Charlotte Rampling en grande prêtresse de la secte postmillénariste n'arrange rien, pas plus que celle de Gérard Depardieu en méchant commanditaire russe: il a l'air d'avoir repris son rôle d'affreux fourreur dans les 102 Dalmatiens. Babylon AD., où, tout de même il y a du boulot, séduira les amateurs de bastons furieux et de messages fumeux. Pas les autres. Cela n'exonère pas de poser ce constat: Kassovitz est un cas. Pourquoi a-t-il cessé d'être acteur, alors qu'il en était un tout à fait excellent? Se souvenir de ses rôles ambigus chez Jacques Audiard (Regarde les hommes tomber, Un héros très discret), du jeune jésuite portant l'étoile jaune sur sa soutane dans Amen de Costa-Gavras, et même du joli Nino Quincampoix, l'amoureux d'Amélie Poulain.

Caractère de chien
Pourquoi Kassovitz apparait-il désormais comme un réalisateur à l'égotisme stérile, alors qu'il est, par ailleurs, un citoyen engagé, signant des courts-métrages humanitaires, apostrophant avec violence Nicolas Sarkozy sur son blog à propos du droit au logement? Et devenant, en pleine cohérence, producteur de deux films tout sauf commerciaux, Don Quichotte, Acte I, des frères Augustin et Jean-Baptiste Legrand, l'histoire du campement militant des sans-abri du canal Saint-Martin, et Johnny Mad Dog, de Jean-Stéphane Sauvaire, sur les enfants soldats au Libéria Et surtout pourquoi, avant de se lancer dans des films aussi décevants qu'hypertrophiés, en a-t-il réussi de bons, de très bons? Son premier long- métrage, par exemple, si modeste, si tendre, Métisse, une sorte de Jules et Jim café au lait, Kassovitz a alors 25 ans. Et son deuxième, donc! Ce sacré coup de boule générationnel, la Haine. Récompenses, reconnaissance... Mais déjà, ça se gâte, Kasso révèle un caractère de chien, s'en prend aux médias qui pourtant l'encensent, «à leur manque d'éthique et d'intelligence».

Ca ne s'arrange pas avec le troisième film, Assassin(s), à la morale assez floue, avec un Michel Serrault étonnant en vieux tueur exténué. La critique fustigée, alors qu'elle était bonne, se venge. Kassovitz qualifie la sortie d'Assassin(s) de «suicide médiatique» et s'exile à Hollywood. Il reviendra pour tourner un film «à l'américaine», les Rivières pourpres, d'après Jean-Christophe Grange. Du gore honnête, de l'action visuellement efficace, Jean Reno et Vincent Cassel à l'affiche, le contrat est rempli.

Arrive, en 2003, son premier film américain, Gothika, patatras: un psychothriller de pacotille avec distribution haut de gamme, Halle Berry, Pénélope Cruz, Robert Downey Jr. Le New York Tïmes y voit «une plante verte en plastique qu'on a trop arrosée». Et cinq ans plus tard, avec une détermination digne d'un meilleur sort, voilà Babylon A.D. Décidément Kassovitz est un cas. Au dernier Festival de Cannes, où il était venu présenter les deux films courageux dont il est le producteur, il a eu cette déclaration imprudente: «Je n'ai aucun intérêt à payer 8 Euros pour voir des gens en 3D voler dans tous les sens.» S'est-il seulement rendu compte qu'il donnait là une parfaite définition de Babylon A.D.?

Samedi 16 Août 2008 - 00:00
Danièle Heymann
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Pour 2009... - 20/12/2008

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