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POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

Jeux en ligne : rien ne va plus…

Sous la pression express de Bruxelles, le gouvernement s'est résolu à libéraliser les jeux en ligne et à mettre fin au monopole de la Française des Jeux et du PMU. Le projet s'accompagne d'une « réflexion » sur l'évolution de l'actionnariat du groupe.



Jeux en ligne : rien ne va plus…
La nouvelle a été officialisée mercredi à l'occasion de la communication faite en Conseil des ministres sur la future organisation du secteur des jeux d'argent et de hasard. Le gouvernement s'est résolu à libéraliser les jeux en ligne et à mettre fin au monopole de la Française des Jeux et du PMU. Depuis plusieurs mois, Bruxelles menaçait Paris de sanctions dans ce domaine. Les professionnels privés estimaient déjà inéluctable une remise à plat des relations entre l'Etat et la société, certains d'entre eux pariant même sur sa « privatisation ».

Un désengagement progressif
A ce jour, la Française des Jeux est détenue à 72% par l'Etat et selon les Echos, « toutes les options sont à l'étude » : privatisation partielle, totale, statu quo, même si l'Elysée est favorable à « une évolution radicale du capital et du management ». Le scénario privilégié est celui d'un désengagement progressif pour ne garder qu'une participation majoritaire de 51% contre 72% actuellement. Reste la question de la valorisation de la Française des jeux. Pas évident apparemment, les évaluations varient, selon les sources de 1 à 10 milliards d'euros.

Un marché de 3 à 4 milliards d'euros

Quel que soit le scénario, l'Etat français continuerait de suivre l'activité de la Française des Jeux et du secteur des jeux et des paris en général.
D'ici l'an prochain, il reviendra à une autorité de tutelle de délivrer les « agréments » aux acteurs désireux de s'établir sur un marché français estimé à 3 ou 4 milliards d'euros annuels. L'Etat perçoit 5,3 milliards d'euros sur les jeux et paris se déroulant sur son territoire.
La Française des Jeux représente à elle seule 3 milliards de gain via des taxes chaque année pour l'Etat.

Jeux en ligne : rien ne va plus…
Les copains de Sarkozy d'abord
Qui va profiter de la libéralisation complète des jeux en ligne ? Trois noms s'imposent : Patrick Partouche, un proche de Sarkozy, dont le groupe n'est pas au mieux de sa forme mais qui devrait être le principal bénéficiaire de la mesure. Il dispose déjà de deux licences, une à Gibraltar et surtout une à malte où il a installé son site en ligne livebetting.
Il devra se partager le gâteau avec Lucien Barrière, autre acteur du secteur.

Quand Alain Minc conseille Stéphane Courbit
Nouveau venu, l'ancien patron d'Endemol, Stéphane Courbit, également fervent supporter de Sarkozy, s'est porté acquéreur, via sa filiale Mangas gaming, de 75% des parts du site Betclic, fin 2007. Il devrait également profiter de cette nouvelle manne. L'opération se serait faite sur les conseils d'Alain Minc qui aurait conseillé à Stéphane Courbit de se positionner sur le secteur des jeux en ligne et plus globalement sur les secteurs qui ne s'ouvrent que maintenant à la concurrence. Petits conseils entre amis…
Stéphane Courbit, a d'ailleurs réitéré hier son intention de se placer sur la ligne de départ en souhaitant acquérir une licence. L'agence de communication La Chose a déjà été mandatée pour réfléchir au positionnement de Betclic en France.

Des conseillers de Sarkozy proches de l'industrie du jeu
Compte tenu de la vitesse d'intervention du gouvernement sur le sujet, il est à croire que cette question des jeux en ligne était absolument prioritaire. Ou alors Sarkozy, a-t-il su écouter certains de ses proches conseillers. Ainsi, le député Frédéric Lefebvre fut longtemps conseiller de Sarkozy au ministère de l'Intérieur tout en étant dirigeant de la société Pic Conseil, une société de lobbying, qui travaillait, à l'époque notamment pour l'industrie du jeu, comme l'avait révélé un reportage de Canal Plus en 2007.

Les jeux sont flous
Pour l'anecdote, on notera que c'est ce même gouvernement qui ne cesse de pourfendre le « diable » Internet, qui à travers la libéralisation des jeux en ligne prend le risque de participer, en conscience, à une hausse des opérations de blanchiment ou encore au trucage des paris sportifs, notamment par la corruption des joueurs, à la commission de délits à caractère économique ; ou plus simplement à favoriser les fraudes dont les joueurs peuvent se révéler les victimes. Rien ne va plus…

Vendredi 13 Juin 2008 - 07:00
Régis Soubrouillard
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