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Guy Konopnicki : «Le Pen élu à 50,8%» (vidéo marianne2007.info)Mai 2007, Jean-Marie Le Pen remporte l’élection présidentielle. Emeutes, graves problèmes économiques, chute de l’euro, désertion des touristes… le tableau donne à réfléchir. C’est ce qu’imagine Guy Konopnicki, journaliste à Marianne, dans Elu ! (éditions Hugo), une fiction politique publiée aujourd'hui.
Verbatim :
Nous sommes le 8 mars 2014. Avec Elu !, publié aux éditions Hugo, vous revenez sur le mandat de Jean-Marie Le Pen, qui a remporté l’élection présidentielle de 2007. Rétrospectivement, aurait-on pu prévoir, ou éviter, cet événement ? En 2007, comme en 2002, nous avons eu pendant des mois les sondages qui désignaient le vainqueur de l’élection présidentielle. Lionel Jospin a été donné vainqueur de l’élection présidentielle de 2002 et Nicolas Sarkozy donné vainqueur en 2007 par tous les sondages, mais a été éliminé au premier tour. Ce qui s’est passé, c’est qu’il y avait une pluralité de candidats à droite, ce qui fait qu’au premier tour, il n’y a pas eu beaucoup de candidats qui ont dépassé 20%. Donc on s’est retrouvé avec un Le Pen qui avait poussé à 20% et Ségolène Royal un peu au-dessus, à 22%. Nicolas Sarkozy refaisait le score de Jacques Chirac en 2002, 19,5%, mais là ça n’a pas suffit. Il y a donc eu un second tour Le Pen-Royal et, comme je le décris, Le Pen a emporté le second tour avec 50,8%. Comment expliquer le silence et l’absence de Nicolas Sarkozy pendant toute cette période ? C’est assez simple : quand quelqu’un se croit pendant des années (au moins 5 ans mais sans doute plus) programmé pour devenir le président de la République, et trébuche sur la première marche, il ne peut pas affronter les combats politiques qui suivent. Il a disparu le soir du premier tour et on ne l’a retrouvé qu’à partir du moment ou le Parlement a appliqué les lois permettant de déposer le président de la République en cas de manquement. Vous étiez vous-même journaliste à Marianne en 2007. Mais dans votre livre, vous rappelez la responsabilité de la bulle politico-médiatique dans la victoire de Jean-Marie Le Pen… C’est la défaite des journalistes. Les journalistes, depuis 1983, ont défini Jean-Marie Le Pen comme le diable sans toujours donner les arguments, sans toujours expliquer ce qu’il était, avec beaucoup d’approximations historiques. Mais ils n’ont pas trouvé, pas plus que la classe politique d’ailleurs, les arguments pour convaincre les électeurs de se détourner de ce vote. Rappelons que le second tour a été marqué par une très forte abstention… Il y a eu une très forte abstention parce que, quand la gauche a affaire en 2002 à un candidat républicain qui est Chirac – face à un candidat d’extrême droite que la gauche considére comme fasciste – le réflexe républicain joue très fort dans l’électorat de gauche. Il n’en va pas de même de l’électorat de droite qui a beaucoup de mal à voter socialiste, peut être aussi à voter pour une femme socialiste. Donc cet électorat s’est beaucoup abstenu, d’autant que l’entre-deux tours a été l’occasion de désordres très importants dans le pays, de réflexes de jeunes des banlieues protestant contre Le Pen, de jeunes lycéens. Il y a eu des grèves, des manifestations, des événements tragiques… Oui, il y a eu une véritable panique, et une grande confusion. Les événements de Toulouse en sont un exemple… Toulouse, c’est très symptomatique parce que la bagarre a eu lieu entre deux groupes de gens qui s’opposaient à Le Pen. Ca s’est passé au soir du second tour, la situation d’émeutes et de troubles qu’on a connu entre les deux tours s’est aggravé, après la proclamation de Le Pen élu de justesse (…) Un groupe de jeunes d’extrême gauche est parti en manifestation depuis le Capitole, semble-t-il en direction du canal du midi ou les lepénistes fêtaient l’élection de leur champion. Sur le chemin, ils sont passé devant un bâtiment décoré de drapeaux français et de drapeaux israéliens. Il s’agissait du centre culturel communautaire juif de Toulouse et, début mai, c’était l’anniversaire de l’Etat d’Israël. Donc il y avait une fête, des débats, etc dans ce centre culturel. Mais pour nos jeunes d’extrême gauche, ce mélange du drapeau tricolore et du drapeau israélien, sont des signes fascistes. Ils confondent tout, alors que Le Pen est plutôt lié à des puissances du monde arabe et qu’il a quelques liens avec la mouvance islamique. (…) Et je crois que les deux camps ont eu le sentiment d’avoir affaire à l’ennemi. S’en est suivit une bagarre très violente, exactement comme il s’en était produit lorsqu’un jeune qui manifestait contre la guerre d’Irak s’était fait molester par d’autres manifestants parce qu’il avait une kipa sur la tête. On a assisté ensuite à un exil massif des Français. Comment sont-ils perçus à l’étranger aujourd’hui ? Le Pen est un candidat qui a tenu ses promesses. Il avait proposé depuis des années d’inverser le courant de l’immigration. Nous avons été dans une terrible situation de décrochage par rapport à l’Europe. L’euro s’est effondré sur tous les marchés internationaux quand Le Pen a été élu : l’un des principaux pays porteur de l’euro se retrouvait à élire un adversaire de l’Union européenne, donc évidemment il y a eu des désordres monétaires puis économiques considérables. Il y a eu aussi une image détestable de la France quand Stephen Frears, qui devait présider le jury du festival de Cannes le 16 ou 17 mais 2007 a voulu boycotter le Festival, bientôt suivi par tous les cinéastes, les acteurs, les producteurs, etc. Ceci a été le point de départ d’un effondrement du tourisme et la saison 2007 a été catastrophique, ce qui, pour la petite histoire, a été terrible pour les régions et les corporations qui avaient voté Le Pen. Les gens du midi aimaient bien le discours de Le Pen contre les étrangers, mais quand il n’y a plus eu d’étrangers dans les hôtels et les restaurants, c’est devenu très mauvais pour eux. C’était la même chose pour les hôteliers, les restaurateurs et les chauffeurs de taxi… Pas de stigmatisation, plus de 50% des Français ont élu Le Pen… Disons que les deux régions les plus lepénistes dans les votes, la région PACA et l’Alsace, ont été économiquement les plus touchées par la situation engendrée par le vote Le Pen. (…) Le doublement des taxes, comme la TVA, plus les taxes à l’importation, a fait que la situation des couches populaires qui avaient voté Le Pen a été extrêmement difficile. D’où l’inversion du courant migratoire. (…) Les pays d’Europe ont pris des mesures contre les flux de Français venus travailler en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Espagne, compte tenu de la désastreuse situation économique de la France. Comme vous le racontez, il y a quelqu’un qui n’a pas été très déstabilisé par cette élection, c’est Serge Moati… Il avait adopté dès avant le premier tour une position un peu étrange : il a voulu être le premier portraitiste complaisant de Jean-Marie Le Pen, ce qui lui a valu de pouvoir être celui qui pose les micros dans les dernières prestations télévisions entre les deux tours. Dans son émission Ripostes (sur France 5), en 2007, on avait vu le portrait de Le Pen le plus complaisant qu’on n’ait jamais vu à la télé. Donc c’est lui qui a filmé les cérémonies du sacre en 2007. Je ne sais pas ce qu’il est devenu après. Jeudi 08 Mars 2007 - 18:24
Propos recueillis par Anna Borrel et François Vignal
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