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TRIBUNES

Gaëtan Gorce : La gauche du PS est conservatrice et fondamentaliste

Gaëtan Gorce, député socialiste de la Nièvre, répond pour marianne2.fr à l'appel à la constitution d'une majorité ancrée «à gauche» que nous avons publiée mercredi. Ce rénovateur qui fut proche de Ségolène Royal accuse la gauche du parti de vouloir «tout changer pour que rien ne change».



cc flickr Hamed Masoumi
cc flickr Hamed Masoumi
Le drame du PS est qu'en réalité tout change pour que rien ne change. Ainsi s'amorcerait à La Rochelle la constitution d'un pôle de gauche, à vocation majoritaire, dont l'examen clinique révèle qu'il est constitué des mêmes vielles forces coalisées autour des mêmes vieilles idées.

Ce que l'on veut bien appeler la gauche du PS n'est en réalité que l'expression d'un courant conservateur qui, parce qu'il reste bardé de certitudes, garde une certaine force d'attraction. Il serait plus juste de le qualifier de fondamentaliste : son ambition est de retrouver les formules qui firent l'identité de la gauche des années 70 : interventionnisme de l'Etat, recours à l'impôt et à la dépense publique, confondant de facto la fin et les moyens. Or, la question centrale à laquelle nous sommes confrontés n'est pas la défense mais bien la transformation de ces outils pour leur rendre leur efficacité économique et sociale !

Concentrons sur ces points notre débat : il n'est pas un socialiste qui soit hostile aux services publics ou à une politique de redistribution. Choisir, pour cliver, ces question, revient a priori à biaiser tout échange. Le problème est que notre système de solidarité comme nos politiques éducatives ne garantissent plus, malgré les ressources qui leurs sont consacrées ni réelle égalité des chances, ni vraie protection contre les risques de la précarité et de la déqualification.

La gauche ne peut regarder la puissance publique comme un recours sans s'interroger sur les moyens d'en réformer l'organisation ou le financement pour le rendre à la fois plus juste et plus efficace. On peut aborder de la même manière la question de la mondialisation : qui, au PS, peut se montrer rétif à l'idée d'une meilleure régulation ? Mais là ne se résume pas, bien au contraire, le défi qui nous est adressé. Les mutations en cours, à l'échelle de la planète n'ont pas ici ou là le même impact selon qu'elles touchent des sociétés solidaires, innovantes, ou qu'elles viennent heurter de plein fouet des modèles figés dans des schémas qui les ont vu naître.

Pour un débat renouvelé
On ne peut donc pas se contenter de renvoyer à un combat européen ou mondial des questions qui relèvent au contraire de nos politiques fiscales ou sociales. Prenons l'exemple des inégalités de revenu qui se sont accentuées ces dernières années au bénéfice d'une petite minorité : ce triste bilan n'est pas la conséquence de la mondialisation, mais des choix politiques qui ont été effectués, consistant, à coup d'exonération ou de bouclier fiscal, à favoriser les revenus du patrimoine au détriment de ceux du travail. Il y a donc bien place pour un débat entre une gauche et une droite au sein du PS à la condition d'en renouveler les termes, d'en faire bouger les lignes, d'en changer aussi sans doute les protagonistes.

Vient enfin naturellement la question des alliances : nostalgiques de l'union de la gauche, les partisans d'une stratégie «claire» oublient de voir que nous n'avons plus à nos côtés de partenaires crédibles. L'extrême gauche récuse toute idée de participation gouvernementale et le PCF comme les Verts se sont effondrés ! Disons-le tout net, plutôt que de courir l'aventure d'un accord avec un centre problématique, le PS doit aujourd'hui compter d'abord et exclusivement sur ses propres forces. D'où l'enjeu de sa rénovation. Celle-ci passe nécessairement et l'on ne peut évacuer cette question en faisant semblant de vouloir se concentrer sur les questions de fond, par l'affirmation d'un véritable leadership. Le PS s'est figé entre des clans qui bloquent toute évolution. C'est donc en s'appuyant sur la démocratie directe et le choix d'un leader que l'on pourra favoriser une recomposition sans laquelle le débat renouvelé que j'appelle de mes vœux ne sera jamais possible.

À cet égard le pôle de gauche qui s'amorce pourrait apporter a cette rénovation une contribution paradoxale : en servant de repoussoir, il peut favoriser en réaction une réunification factice des autres sensibilités autour de compromis tactiques ; pesant d'un poids militant limité mais réel, il pourrait aussi au fond servir de force d'appoint pour faire éclore ces synthèses molles dont le congrès du Mans a été la triste illustration.

Faute d'un courant rénovateur assumé, le petit jeu de rôle entre fondamentalistes et opportunistes aurait ainsi de beaux jours devant lui. Le PS a moins besoin d'un «retour à ses fondamentaux» que d'une véritable réflexion collective, libérée des tabous dont sa «gauche» s'est faite l'intransigeant défenseur, comme du pragmatisme sans contenu dont sa «droite» semble se contenter. Je ne vois pour en sortir qu'un bouleversement de nos règles, consistant à faire régulièrement trancher par le vote des militants, thème par thème, nos orientations. Peut-être y aurait-il là matière à s'entendre sur une méthode comme sur un calendrier à la condition que ces accords de forme ne servent pas de prétexte une fois de plus à masquer, donc à ne pas trancher, nos divergences.

Vendredi 29 Août 2008 - 16:39
Gaëtan Gorce
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