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MON ŒIL !

Eric le Boucher dessoûle. Enfin, presque...

Où l'on apprend que l'éditorialiste du Monde a enfin découvert que le marché pouvait très bien prospérer sans la démocratie. D'où la nécessité de la redéfinir. La démocratie, pas le marché...



Surprise en découvrant Le Monde de ce week-end : on a vraiment l'impression que l'excellent Éric le Boucher a brusquement dessoulé. Après des années de prêche hebdomadaire sur «la mondialisation heureuse», thématique empruntée à Alain Minc (qui, lui, n'ose même plus la décliner) voilà qu'il nous fait part de sa découverte de la semaine : selon la Banque Mondiale, «en moyenne, la démocratie n'est pas une pré-condition au décollage économique d'un pays, et elle n'a ensuite aucun effet sur la croissance.»
Comment aller contre la Banque Mondiale, même lorsque celle-ci reprend à son compte une observation faite par Marianne depuis dix ans ?

Mieux que la démocratie, la gouvernance !
Eh bien, si, Éric Le Boucher a cherché et a trouvé un argument. Et il l'a trouvé (dans les écrits de la Banque Mondiale, bien sûr) : oublions la démocratie et plaçons nous sur le plan de la gouvernance, concept plus global (et ô combien plus «tendance»).
Résumons. Les progrès de la gouvernance, nous explique-t-il, se mesurent à l'aune de trois éléments :
- la démocratie politique (élections, liberté d'organisation, etc),
- la démocratie économique (efficacité du gouvernement, régulation, liberté de contrat),
- le contrôle de la corruption.
Passons sur le fait que, dans l'univers mental des épigones de la Banque Mondiale, le droit syndical ne fait partie ni de la démocratie politique, ni de la démocratie économique). Si, donc, on relativise l'importance de la démocratie politique (comme elle mérite de l'être, semble-t-il pour Éric Le Boucher), on peut dire que la Chine, par exemple (parce que de toute façon c'est là qu'Éric le Boucher voulait en venir) progresse à pas de géant sur le chemin de la bonne gouvernance.
Et c'est là que, précisément, Éric Le Boucher se fout de notre gueule. Il suffit de discuter avec des hommes d'affaires français ou anglo-saxons pour mesurer à quel point les règles du marché ne sont pas respectées en Chine. Il suffit d'ouvrir les yeux pour saisir à quel point la corruption gangrène tout le système et notamment l'univers bancaire, où s'est construite la bulle chinoise. Mais de celle-là, Éric le Boucher nous parlera quand elle aura éclaté. Comme d'hab. Il ne faut pas confondre la Voix de son Maître (en l'occurrence, la voix de la Banque) avec une météo économique....

Dimanche 29 Juin 2008 - 11:57
Philippe Cohen
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