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Emploi : l'erreur de Sarkozy et de ceux qui l'ont précédéMalakine décortique pour Marianne2 un rapport sur l'évolution de l'emploi dans les régions : pour lui, les médias se sont cantonnés dans une lecture superficielle de cette étude, qui confirme la désertification industrielle et la gentrification des territoires français.
L'ACOSS, organisme lié aux URSSAF vient de publier une étude sur l'évolution de l'emploi par région et par secteur géographique sur ces cinq dernières années. Les médias en ont rendu compte assez superficiellement en citant les chiffres moyens, tels ceux de l'augmentation globale des revenus. Pourtant lorsqu'on prend la loupe, on arrive à des conclusions beaucoup plus intéressantes.
Cette étude beaucoup fournit une illustrations des thèses de Laurent Davezies développées dans son court et brillant essai « La République et ses territoires » paru cette année dans la collection la république des idées. Cette grille de lecture est essentielle pour faire parler les données publiées par l'ACOSS, notamment la distinction entre économie productive (emplois générés par la production de bien et de services destinés à l'exportation hors du territoire) et l'économie résidentielle (emplois générés par les revenus des personnes présentes à titre permanent ou temporaire sur le territoire). La thèse principale de Laurent Davezies est que notre système économique fonctionne à front renversé. Les territoires les plus productifs sont ceux qui se développent le moins. Les territoires de villégiature, ceux qui accueillent les migrations des riches retraités du baby boom sont en pleine expansion. Nous sommes en fait passé dans un système où prévaut l'économie de la consommation. Désormais, les territoires et les secteurs gagnant ne sont plus ceux qui créent de la richesse, mais ceux qui arrivent le mieux à la capter. 1- L'Ile de France victime de congestion Les économistes des territoires tirent depuis quelques temps la sonnette d'alarme la situation économique et démographique de l'Ile de France et en particulier de Paris. La locomotive traditionnelle de l'économie nationale est en panne, principalement en raison d'une qualité de vie déplorable et d'un effet de congestion. Ces tendances se confirment dans l'étude de l'ARCOSS. L'ile de France, qui représente 24.5 % des emplois et 32.2% de la masse salariale, ne voit ses effectifs n'augmenter que de 1.5% (contre 3.9% au niveau national) et son revenu par emploi guère plus que la moyenne nationale avec 14.4%. Soit moins qu'en Corse. Pour une région qui concentre tous les centres de décisions, les centres de recherches, les « emplois métropolitains supérieurs » la performance est piteuse. Elle révèle en réalité une forte progression de la pauvreté et une dramatique situation de sous emploi. Devezies l'explique par un phénomène d'évasion monétaire, les actifs franciliens ayant tendance à dépenser leurs revenus ailleurs. Le taux de présence de la région Ile de France n'est que de 96% (malgré le tourisme !) soit un déficit permanent de 500 000 habitants. Dans ces conditions l'économie résidentielle qui devrait accompagner l'économie productive et créer les emplois faiblement qualifiés dans les services à destination des catégories populaire ne se fait pas ou pas assez. Laurent Davezies évalue ce déficit à 100 000 emplois. 2- Le boom de l'économie résidentielle La carte de l'évolution de l'emploi salarié est quasi identique à celle des soldes migratoires. Les emplois se développent le long du littoral atlantique et méditerranéen et régressent dans le nord et l'est. Les médias qui ont rendu compte de cette étude ont généralement fourni une explication fausse. Les emplois ne se créent pas plus dans les services (sinon l'ile de France en créerait en masse) Ils se créent dans les territoires disposant d'une forte attractivité résidentielle. Car ils se créent dans des emplois liés à la satisfaction des besoins des populations résidentes, d'autant plus facilement d'ailleurs que ceux-ci ont un pouvoir d'achat élevé. Les secteurs les plus créateurs d'emplois (privés) l'ont été dans le commerce de détail, construction, immobilier, hôtel restaurant, services domestiques, éducation et surtout la santé et l'action sociale avec une croissance de 16% contre une moyenne à 3.9%
Laurent Davezies
3- L'industrie en plein déclin
Parmi les secteurs de l'économie productive, on note sans surprise une nette progression du tertiaire supérieur : Conseils et assistance (+11.1%) Recherche et développement (+10%) Pour le reste, les secteurs industriels n'affichent que des scores en forte décroissance, les plus fortes baisses concernant l'industrie de transformation des métaux (-52 000 emplois) la chimie (-42 000), l'habillement (-42 000), l'industrie de l'équipement du foyer (-40 000), le textile (- 30 000). En pourcentage, ces emplois traduisent des pertes de 11 à 40 % des emplois des secteurs concernés ! 4- La banane bleue vire au gris Le vieux cliché de la banane bleue, ce croissant de croissance et de richesse qui s'étalait de l'Angleterre au nord de l'Italie relève définitivement d'une époque révolue. Les anciennes régions industrielles sont en déclin accéléré. Le cumul de la dynamique liée à l'attractivité résidentielle et de la désindustrialisation aboutit à une carte des créations d'emplois très contrastée, avec de fortes créations d'emplois le long des littoraux et des pertes d'emplois dans tout le carte nord-est de la France. La réforme militaire viendra prochainement encore accentuer ce phénomène en privant ces territoires d'une part de leurs ressources liées aux emplois publics. La France est donc en train de se créer sans y prendre garde sa future Wallonie ou ses futurs «lands de l'est». 5- Small is beautifull … but poor Le discours économique de ces dernières années a beaucoup valorisé les PME et les TPE, comme les créations d'entreprises. Elles étaient sensées revitaliser le tissu productif et contenir de fabuleux gisements d'emplois avec le fameux slogan : «Si toutes les petites entreprises de France pouvaient créer un emploi …» L'étude de l'ARCOSS remet en cause le mythe de la petite entreprise en montrant que le salaire moyen par emploi progresse avec la taille de l'entreprise, passant de 1619 € pour les – de 10 salariés à 2 400 € pour les + de 100 salariés. Malgré les efforts des pouvoirs publics en faveur des petites entreprises et le soit-disant boom de la création au début de ce siècle, on note d'ailleurs une parfaite stabilité de la structure des entreprises, que ce soit en termes de nombre, d'emplois, de masse salariale ou d'évolution. 6- Progression des secteurs à bas salaires, régression des secteurs rémunérateurs On lisait quelques temps que la France créait surtout des emplois faiblement qualifiés, peu rémunérateurs et productifs, ce qui expliquait les bons chiffres sur le front du chômage malgré une croissance atone. Ce constat se lit dans les chiffres de l'étude ACOSS. Les secteurs où la progression de l'emploi est la plus forte sont non seulement ceux dont la rémunération à le moins augmenté mais aussi ceux qui proposent les rémunérations les plus basses : activités culturelles et sportives, services domestiques, éducation … Le commerce de détail et la construction se trouvant dans une situation intermédiaire (forte progression numérique, faibles rémunérations, progression salariale moyenne) Le tertiaire supérieur (Recherche développement, conseil assistance) fait exception pour ce qui est du niveau de rémunération, mais pas pour ce qui est de la progression, inférieure à la moyenne nationale. Réciproquement, les secteurs où la rémunération progresse le plus sont généralement ceux où les effectifs décroissent. Seuls les Hôtels restaurants, les activités associatives, immobilières (toujours l'économie résidentielle !) et les activités financières (on s'y attendait) conjuguent une croissance de la rémunération moyenne et des effectifs. A l'inverse tous les secteurs industriels voient la rémunération sensiblement augmenter plus que la moyenne, mais leurs effectifs fondre. Le paroxysme de cette situation se trouvant dans les secteurs ayant fortement délocalisé comme l'habillement (+24 % / -34 %) et le textile (+19.4% /- 32.1 %) On est partagé entre deux interprétations. Soit les activités qui ont pu résister, se sont spécialisés dans la haute valeur ajoutée. Soit il est plus lucratif d'être importateur que fabriquant ! Cette étude nous propose donc une vision assez inquiétante de l'économie française. Les emplois faiblement rémunérateurs des services se développent au détriment des emplois productifs créateurs de richesses. Les territoires de villégiatures se développent en laissant les territoires productifs péricliter faute d'attractivité. L'économie résidentielle draine les forces vives qui risquent de faire défaut à l'économie productive, là où se créé les richesses. Tout se passe comme si la France avait voulu grossir en faisant du gras plutôt que du muscle, parce que c'est plus facile et plus rapide. La distinction entre économie résidentielle et économie productive conduit à se demander si nous n'avons pas fait totalement fausse route ces dernières années, en faisant de la lutte contre le chômage le but ultime des politiques économiques sans être regardant sur le type d'emplois qui se créait, en misant sur les services à la personne, la création d'entreprise, les petites entreprises, le commerce et de l'artisanat, en pensant qu'on pouvait se protéger de la mondialisation en développant des emplois «non-délocalisables». C'était une politique à court terme pour «enrichir la croissance en emplois» comme on disait à la fin des années 90. Ce n'était pas une politique de croissance et de création de richesse. On paie la note aujourd'hui. Notre économie de consommation n'est plus suffisamment alimentée par une base productive devenue trop mince. Sarkozy a fait erreur avec son slogan «travailler plus pour gagner plus» C'était un slogan parfait pour appâter le travailleur-citoyen, mais absurde sur le plan macroéconomique. Si tous les boulangers, pharmaciens, avocats, taxis, commerçants se mettaient du jour au lendemain à travailler deux fois plus, cela n'entrainerait pas une décimale de point de croissance en plus ! Il aurait vieux valu mettre l'accent sur la production et la productivité avec un «produire plus pour une France plus riche», conduire une politique de renouveau industriel, investir dans l'attractivité des territoires productifs (y compris l'Ile de France) ou mettre en place des incitations fiscales et sociales pour soutenir la sphère productive et la rendre plus attractive pour les tous les talents du pays. Retrouvez le blog de Malakine. Vendredi 22 Août 2008 - 23:02
Malakine
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