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Ducasse à Monaco, l'ingratitudePar Périco Légasse. Le chroniqueur de Marianne, qui l'a toujours soutenu, ne boira plus à la santé du grand Chef....
Ducasse m'a tuer - Kinderpat - Flickr - cc -
En annonçant son abandon de la nationalité française «pour raison de cœur», tout en précisant dans un communiqué que «cette démarche, longuement réfléchie, est la résultante de 22 ans de collaboration professionnelle ainsi que d'implication personnelle avec la principauté de Monaco», Alain Ducasse a commis une faute incompréhensible. Même s'il se défend d'avoir agi par intérêt, rappelant que toutes ses activités et sociétés restent en France et qu'il continuera, à ce titre, à payer des impôts professionnels à la République, comment faire abstraction des avantages fiscaux qu'il tirera, à titre personnel, de sa naturalisation monégasque ? Qui peut encore croire à cette fable ?
La perception financière des médias Tous les médias qui se sont saisis de cette affaire n'en ont retenu que l'aspect financier. La classe politique y tient la preuve, pour des raisons opposées, que le bouclier fiscal est inopérant, quant aux députés UMP, ils ne voient dans cette fuite qu'une tragédie nationale. Jusqu'à nouvel ordre, Ducasse ne délocalise pas son siège social, ni ne transfère ses capitaux français vers des sociétés offshore. Rendons lui en acte. Ce qui est aujourd'hui en cause, c'est sa décision de ne plus être citoyen français pour pouvoir payer moins d'impôts sur le revenu. Au mépris des explications de l'intéressé, le débat ne porte que sur ce point. Personne ne se soucie, en effet, de savoir si le grand cuisinier est sincère en se faisant le sujet du prince Albert II mais tout le monde s'accorde pour fustiger les méfaits, ou louer les vertus, de l'ISF. Si Alain Ducasse espérait contourner l'obstacle en expliquant que son geste est désintéressé, c'est raté. Même ses défenseurs les plus acharnés justifient son acte en le faisant passer pour une victime de trop de l'ignoble fiscalité «radicalo-socialiste». L'éditorial d'Yves de Kerdrel paru dans le Figaro du 25 juin n'est-il pas titré: «Ces talents que la France chasse» ? La chose est entendue. Deux autres cas de figures auraient pu se présenter : - soit l'acquisition de la nationalité monégasque sans avantages fiscaux. Admettons. - soit le changement de statut fiscal sans renoncement à la nationalité française. Passons. Mais les deux à la fois, c'est intenable. Si encore Alain Ducasse avait exprimé le désir, pour des raisons légitimes, de devenir Italien, Japonais ou Américain, cela aurait pu avoir un sens, par rapport au références historiques dont ces nations sont porteuses, dans le cas de liens sentimentaux ou professionnels forts, mais Monaco, ce n'est ni une identité, ni de nouvelles racines, ni même une entité culturelle, c'est tout simplement une planque dorée. Nous avons trop souvent dénoncé cette presse anglo-saxonne prompte à décréter la fin de l'hégémonie de la cuisine française avec la complicité de certains médias parisiens toujours ravis de dénigrer leur pays, en désignant tel ou tel cuisinier étranger comme le meilleur du monde, pour ne pas nous lamenter du fait que celui qui était jusque là «notre» meilleur cuisinier du monde sera désormais… monégasque. Comment le grand défenseur du patrimoine culinaire français et porte drapeau de la toque tricolore dans le monde entier, a-t-il pu accepter de renoncer à son identité nationale ? Certes, le fils de paysan gascon qui s'est fait tout seul et a bâti son empire à la sueur de son front n'a de leçon de morale à recevoir de personne. Il est cependant deux choses qu'un homme ne peut renier, sa mère et sa patrie. Pas ça, pas lui, disent aujourd'hui ses amis. Marianne a soutenu Alain Ducasse dans tous ses combats et appuyé ses engagements au nom d'une certaine idée de la cuisine française. Si nous dénonçons le lynchage dont-il est victime, nous réprouvons, attristés, sa terrible décision. Mercredi 25 Juin 2008 - 18:49
Perico Légasse
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