Je me rappelle une scène du film Le tour du monde en 80 jours. Phileas Fogg arrive à San Francisco, en pleine bataille électorale. Devant la vigueur des discours, l'ardeur des combattants, l'enflure de la rhétorique, il pense qu'il s'agit de l'élection présidentielle. En réalité, il ne s'agit que d'une élection locale, celle d'un sheriff, je crois. J'ai exactement l'impression inverse avec notre campagne présidentielle. Le niveau du discours et le quotidien des problèmes évoqués me font plutôt penser à une élection locale. Dans le fond, en France comme ailleurs, la tendance se confirme: les gens qui ont vraiment quelque chose à dire, qui croient vraiment en leur destinée, ne s'expriment plus par l'action politique. Ils vont vers les affaires et, accessoirement, l'art ou la recherche scientifique, s'ils ont le talent nécessaire.
Le plus risible, c'est l'intervention récente des beaux esprits professionnels dans la campagne, ceux que la presse appelle pompeusement les intellectuels. Ils remuent des concepts et se donnent l'impression d'exister. On peut certes regretter que ces éminences aient si peu d'influence sur l'opinion, mais à qui la faute ? Soit ils sombrent dans la bien-pensance, soit ils brûlent ce qu'ils ont adoré, mais toujours avec la même certitude de détenir la vérité. Ils ne sont pas méchants, mais ils sont insupportables de vanité. Et puis, que voulez-vous, je m'ennuie, ça traîne en longueur. On nous promettait une rencontre épique et nous voilà contraints d'assister à des querelles de famille, cette famille politique qui ne concerne finalement pas les Français. On nous régale des gaffes de l'une, du coup de mou de l'autre ou du ni chair ni poisson du troisième … Que ça va être long !
Quand vont-ils enfin nous parler de la France, de nous ? Quand vont-ils enfin se décider à oublier leur linge sale et à s'habiller en homme ou en femme politique dignes de régaler un pays tel que le nôtre ? Ça me rappelle mon enfance, quand on nous emmenait au cinéma : on aimait bien la première partie du spectacle, parce que ça nous mettait en appétit pour le film, mais si c'était trop long, on n'avait plus qu'une envie : partir. Eh bien c'est un peu le cas ici : on, enfin, je n'ai plus tellement envie de connaître la suite. Je serai moins négatif la semaine prochaine. Un coup de cafard sans doute ; je ne demande qu'à avoir tort.