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LES ÉDITOS DE MARIANNE

Copé, l'homme qui voulait passer à la télé

Par Nicolas Domenach. La suppression de la publicité à la télé lui a fait une pub terrible. Et tout le monde découvre ce Juppé avec le sourire, qui n'aime rien tant qu'occuper les médias. Mais pour y dire quoi, au juste?



Copé, l'homme qui voulait passer à la télé
Jean-François Copé est aujourd'hui aussi heureux qu'il était malheureux quand il apprit qu'il n'était pas retenu dans le gouvernement Fillon-Sarkozy. Il est plus heureux même, car, jubile-t-il : « Je suis plus présent dans les médias comme président du groupe UMP que lorsque j'étais ministre ». Et Dieu sait pourtant s'il a aimé être ministre (des Relations au Parlement, des Collectivités Locales, du Budget). Dieu n'ignore pas non plus combien il a adoré passer souvent à la radio comme à la télévision. Par plaisir et par calcul : ce fils de médecin est un enfant de la télé. Voilà ce que c'est quand les parents laissent leurs enfants devant la nourrice électronique… Copé est tombé dedans quand il était petit. Il a été saisi par sa magie, son impact : le pouvoir se prend et se garde par l'image. C'est ce qu'il a intuitivement compris et ce que Nicolas Sarkozy lui a confirmé…

Copé, c'est Juppé avec le sourire

Car l'ancien maire de Neuilly, avant de passer à Balladur, a en effet enseigné deux choses lorsqu'il a recruté cet énarque ambitieux dans la cellule de réflexion économique de Jacques Chirac en 1995. D'abord, Sarkozy lui a enseigné l'importance de la « 25e heure », qu'il fallait consacrer à ce que les autres n'avaient pas eu le temps de faire, sortir le chien, acheter des fleurs pour madame, finir un dossier, tous ces petits détails qui font la différence et vous rendent indispensable. Et ensuite, ce médiacteur incomparable lui a démontré la nécessité impérieuse de savoir communiquer.

« La communication, répétait-il dès cette époque, est à la guerre politique ce que l'aviation est à l'offensive, elle permet de nettoyer le terrain. Il faut bombarder large et … se mettre soi-même en avant». L'élu de Meaux qui, tout jeune, avait déjà joué l'Avare et qui, plus tard, récidivera à Bercy au Budget, n'avait pas besoin de beaucoup se faire prier. Il voulait incarner lui aussi la génération couleur après les gaullo-archéos en noir et blanc. Il a travaillé ses réseaux médiatiques, a changé son look, enlevé ses grosses lunettes de scaphandrier, coupé ses cheveux désordonnés, s'est sapé british dans les bleus télé comme ses yeux, et a abandonné la langue de bois, pour la langue boisée teck des hauts plateaux ; une langue bien rabotée, sans écharde, mais avec des sourires et de l'émotion dans les mots et sur les lèvres. Copé, c'est le beau techno sympa, pas seulement compétent, avenant ; un Juppé avec le sourire .

Il faut dire qu'il s'est sacrément rôdé comme porte-parole des gouvernements Raffarin 1 et Raffarin 2 puis Villepin. Il avait pris la tête au carré, enfin au rectangle. Dès qu'on ouvrait la porte, hop !, il vous sautait aux yeux tel un diable à ressorts. Il a même fallu le calmer. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, lui a enjoint de ne pas participer à la première émission de télé-réalité qui aurait mis en scène les hommes politiques au quotidien. « On ne va tout de même pas nous filmer en pyjama », avait intimé l'ancien chef du gouvernement. « Copé, disait-on alors à Matignon, serait prêt à se montrer en string ». C'était exagéré, enfin un peu. Le député de Meaux considérait alors qu'il lui fallait combler à grandes pelletées-télé son déficit de notoriété. D'où son angoisse de ne plus figurer dans le gouvernement alors que son rival, Xavier Bertrand, y décrochait un bon poste (Travail et Solidarité) et sa joie ensuite d'avoir retrouvé une place de choix sur la scène médiatique grâce à sa gestion « simili rebelle », comme il y a du simili cuir, du groupe UMP.

Copé, roi du renvoi d'ascenseur
« L'Aiglon de Meaux » a pris son envol sur le mécontentement des députés qui en ont marre d'être traités comme quantité négligeable. Il leur apporte de la considération et de la surface médiatique, ce dont ils rêvent eux aussi. C'est le système « Copé et Combaluzier » : tout renvoi d'ascenseur pour les plateaux-télé. Avec lui, sur les OGM, sur la réforme constitutionnelle etc., vous êtes sûr d'avoir droit à vos deux minutes de J.T. Et il allait donc de soi qu'il prenne la tête de « la commission télé, commission Copé ».

La suppression de la publicité, c'était encore le meilleur moyen de faire sa publicité. Car il en a besoin encore, même s'il a gagné plusieurs longueurs récemment dans la cote de popularité. Mais si sa tête commence à dire quelque chose, oui ce n'est pas Juppé ni Fabius, on ne sait pas qui il est vraiment. Un libéral social, mais qui se différencie en quoi de Sarkozy, alors que son credo, encore mis en exergue sur son site, est celui de la « réussite », pourtant préemptée par le président.

A force d'avoir porté la parole des autres en expliquant qu'elle était d'or alors qu'elle s'est révélée toc, on ne sait pas vraiment ce qu'il dit, à quoi il croit. Marie-Louise de Chirac, porte-flingue de Juppé, porte-parole de Raffarin puis de Villepin, que porte-il en lui ? Ce garçon, si compétent en tout et qui a réponse à tout, ne s'est jamais posé en s'opposant. Il a le temps, certes, puisqu'il n'a que 44 printemps et nous a donné rendez-vous pour 2017. Mais, s'il le faut, il se présentera à l'Elysée avant. Ça fait plus de trois décennies qu'il se prépare. Car il avait 10 ans quand il a juré, qu'un jour, il deviendrait président de la République … et de la télé !

Mercredi 25 Juin 2008 - 13:22
Nicolas Domenach
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