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PARTIS

Complaintes socialistes croisées par blogs interposés

Sur leurs blogs, plusieurs dirigeants socialistes s'accusent mutuellement d'être responsables du fâcheux spectacle offert par l'université du PS à La Rochelle. Chez les socialistes aussi, l'enfer, c'est les autres.



Pierre Moscovici à l'université d'été du parti socialiste de La Rochelle © Pierre Morel pour Marianne
Pierre Moscovici à l'université d'été du parti socialiste de La Rochelle © Pierre Morel pour Marianne
Le théâtre socialiste présente un curieux paradoxe. Les acteurs qui y jouent sont les premiers à trouver la pièce offerte aux spectateurs absolument épouvantable. Cela les chagrine infiniment. Plusieurs dirigeants du PS s’épanchent sur leurs blogs, un peu comme des adolescents qui tentent d’alléger leur peine par des confidences couchées sur l’écran.

Le plus virulent est Jean-Luc Mélenchon qui occupe, il est vrai, une place marginale à l’extrême gauche du parti. « L’indigne merdier de La Rochelle m’a galvanisé », fulmine le sénateur. « Ni de près ni de loin, je ne veux rien avoir à faire avec cette sarabande de girouettes », ajoute-t-il dans une note sur son blog publiée au lendemain de l’université d’été de La Rochelle. « Bien fou qui voudrait confier son pays à de tels vibrions », lâche-t-il encore à destination de ses petits camarades accusés de manifester « toutes les tares de la politique » par leur goût prononcé pour la combinazione. Au risque de la solitude, Mélenchon campe fièrement sur une ligne « sans concession », refusant de se mêler à des alliances plus ou moins claires.

Dans une seconde note, il récuse les « théâtrales mises en demeure » qui lui viennent de la gauche du PS pour faire l’unité de ce camp. Et s’indigne que l’on prête à son « caractère », il est vrai rugueux, le fait qu’il y résiste. Benoît Hamon, l’un des chefs de file de la gauche du parti, n‘a pas daigné lui répondre. Son blog reste désespérément muet sur La Rochelle.

Moscovici et la poppy attitude

Pierre Moscovici, lui, y a consacré deux notes amères. C’est qu’il a des raisons d’être fort mécontent. Une large alliance autour des « reconstructeurs » et de Martine Aubry a failli se réaliser dans son dos. « L’image de tout cela est terrible : tractations complexes, alliances peu lisibles, non respect du vote des militants », s’alarme le député du Doubs. Les lendemains de l‘université d‘été ont été durs pour lui: « Retour de La Rochelle hier, besoin de détente. Je suis allé voir le film de Mike Leigh, "Be happy". Mosco confesse avoir été un peu « déçu ». Et ne pas avoir réussi à avoir la « poppy attitude » à La Rochelle…

Le grand maître d’œuvre de ces savantes tractations, Jean-Christophe Cambadélis, pousse lui aussi sa complainte de socialiste blessé. « Mes amis, de grâce, n’ajoutons pas à l’image déplorable de La Rochelle, à cet entrechoc de personnalités et d’ego, le spectacle désolant de notre implosion », implore le député de Paris sur son blog. Cambadélis plaide le malentendu à propos du fameux déjeuner qui regroupa Laurent Fabius, Martine Aubry, Arnaud Montebourg et lui-même tandis que Pierre Moscovici était installé, seul, à une table voisine: « A l’occasion de cette rencontre, un malheureux concours de circonstance a provoqué une lecture dommageable et produit la réaction que l’on sait ».

Cela n’empêche pourtant pas Cambadélis de déceler, derrière les obstacles qui se dressent devant la grande alliance qu’il s’efforce de bâtir pour contourner Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, la marque des partisans du « statu quo »: « Je suis persuadé que nous touchons au but et c’est pour cela que l’appareil du parti se déchaîne ». Mais il reste optimiste: « Bon, parlons-nous ! Rien d’irréparable n’a été commis ».

Très assidu à La Rochelle, Bertrand Delanoë n’a rien confié de ses impressions sur son site. Même mutisme de la part de Ségolène Royal qui y fit une apparition fugace. Elle a laissé à sa complice Sophie Bouchet-Petersen le soin d’expliquer que son fameux « aimez-vous les uns les autres » provenait d’un album de Juliette Greco que l’ancienne candidate avait déjà évoqué, en juillet 2005, dans son discours d'ouverture des Francofolies de La Rochelle. Royal y confiait son admiration pour la chanteuse: « Juliette Gréco fut jugée scandaleuse car trop libre, trop rebelle à toute forme de soumission ». Trop socialiste, quoi.

Mercredi 03 Septembre 2008 - 12:47
Eric Dupin
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