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SYNDICATS

Chez Capgemini, l'augmentation c'est pour les actionnaires

Entre une direction qui ne jure que par l'individuel et des syndicats bien décidés à obtenir une augmentation générale, le logiciel salarial du leader français du service informatique bug sérieusement…



Quand nous avons appelé le service de presse, on nous a demandé : «quel mouvement social à Capgemini ?» Après une mobilisation les 28 mars et 1er avril dernier, le champion français du service informatique est, selon les syndicats, agité par de rudes négociations. Du point de vue de la direction, les pourparlers sont terminés. «Trois des quatre revendications formulées par l'intersyndicale ont été satisfaites.» Dans le panier, 6 millions d'euros de mesures de rémunération indirecte (ticket-resto, indemnité kilométrique et forfait loisirs Acoss). La quatrième, celle qui porte sur l'augmentation générale des salaires inférieurs à 50 000€ par an (pour un salaire moyen dans le groupe de 39 700€) de 1 500€ n'est pas jugée «réaliste». «La direction se refuse à toute augmentation générale, explique Christophe Gay, responsable Cgt dans l'intersyndicale. Il n'y a pas d'explication : c'est purement idéologique !»

Une méritocratie biaisée ?
La direction assume pleinement sa philosophie : «Capgemini a une politique salariale équilibrée, explique Philippe Tavernier, directeur général adjoint de Sogeti et négociateur pour la direction avec l'intersyndicale. Elle s'appuie sur l'augmentation individuelle, la valorisation de la performance collective au travers de la participation et un engagement sur les minimas salariaux.» Une logique qui semble partagée par la fédération des entreprises de haute technologie Syntec: «La logique de rémunération à la performance est la règle dans notre branche, soutient Anne Vaisbroit, directrice du département social, emploi et formation au Syntec. Dès l'embauche, les collaborateurs connaissent cette spécificité et l'acceptent.» A cet argument s'ajoute la crainte d'un retournement de conjoncture dans ce secteur à plus de 6% de croissance : «Il y a eu des moments euphoriques dans notre branche qui ont connu des lendemains difficiles : il faut être prudent», insiste Philippe Tavernier.

«On veut bien une augmentation individuelle, mais pas que des salariés dont l'efficacité est reconnue ne soient pas augmentés pendant trois ans», insiste une représentante syndicale. De fait, les salariés sont loin de juger le système méritocratique: une augmentation générale de la masse salariale (+2,7% pour 2008) est décidée, après quoi chaque département se voit «allouer» une dotation sur l'augmentation. Une «note» est attribuée a chaque salarié suivant les critères «résultats, compétences et potentiels», qui détermine théoriquement la progression du salaire. «Ce n'est pas parce que c'est une bonne note que vous êtes augmenté, souligne une salariée. La base méritocratique a été pervertie.»

Face à l'argument de la redistribution des 440 millions d'euros de résultats nets 2007 (+13% par rapport à 2006), la direction souligne que «l'intersyndicale parle du pouvoir d'achat en France, pas de celui du groupe : sur les 80 000 collaborateurs, ils ne représentent que 21000 employés.» A cet argument s'ajoute celui de l'intéressement aux résultats de l'entreprise par la prise de participation, amenée de 14 à 19 millions d'euros en 2008. Là encore, une adhérente CGC remarque un biais : «Chez Capgemini consulting, ils sont à un mois de salaire de participation alors que dans l'entité Outsourcing, ils n'ont rien !»

Informaticiens : les anciens rois du pétrole
«Avant 1992, un accord salarial donnait des garanties minimales, explique une représentante syndicale. Après les grèves de 2005, la direction a consenti en 2006 à un rattrapage mais depuis, plus moyen de négocier.» Quand l'intersyndicale a proposé durant les journées de négociation des 7, 8 et 9 avril dernier de substituer une prime à l'augmentation comme sortie de crise, la direction «n'a rien négocié, ni le périmètre, ni le montant : ils ont fait comme si nous n'avions rien proposé !», raconte un des participants aux discussions.

En interne, l'individualisation des situations est poussée à l'extrême : dans les 22 entités du groupe Capgemini (Consulting, Outsourcing, Sogeti, etc.) se combinent trois statuts d'application de la loi de réduction du temps de travail, des barèmes de minima établis par l'accord de branche du Syntec, et des dispositions internes de rattrapage sur certaines catégories de bas salaires.

Une mosaïque illisible où personne ne sait combien est payé son voisin et où il est difficile de lever les mécontents : la grève du 1er avril a mobilisé, selon les syndicats, 1 700 à 1 800 employés sur les 20 000 que compte le groupe en France. «Si on avait été dans l'industrie, on se serait foutu de notre gueule !», plaisante un syndicaliste de longue date. Pour certains, on est déjà dans l'industrie : objectifs de productivité, poste de travail impersonnel, aucune communication entre collaborateur sauf par e-mail. «Il y a vingt ans, les informaticiens étaient des rois, se souvient Christophe Gay de la Cgt. Aujourd'hui, leurs salaires dégringolent.» La suite du conflit se résume pour l'intersyndicale à deux options : soit le maintien de la direction sur ses positions mènera au durcissement et à la grève, soit viendra une solution miracle. Le fatalisme semble cependant primer chez les syndicalistes : «Vous savez, chez nous, les solutions miracles…»

Jeudi 17 Avril 2008 - 00:13
Sylvain Lapoix
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