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Cambadélis : «Les journalistes sont devenus des critiques politiques»Jean-Christophe Cambadélis, député du 19ème arrondissement de Paris, a porté la parole de Dominique Strauss-Kahn dans les médias pendant toute la campagne interne au Parti socialiste. Marianne2007.info lui a donc demandé ce qu'il pensait des journalistes. Surprise : le strauss-kahnien se dit avant tout frappé par la montée en puissance d'un « journalisme spectacle » dans la presse écrite.
Marianne2007.info : Ces derniers mois les médias ont-ils informé correctement les français du déroulement de la campagne présidentielle ?
Jean-Christophe Cambadélis : Ce n'est plus d'époque, force est de constater que les médias ne sont plus le reflet d'une réalité. Depuis quelques années, les journalistes sont devenus des critiques politiques comme il existe des critiques de théâtre et de cinéma. Ils voient tout, comprennent tout, analysent tout. Mais leur objectif n'est plus de rendre compte d'une réalité même biaisée ou partielle. Ils préfèrent donner à voir plutôt qu'à savoir. Feriez-vous le reproche aux journalistes de ne pas assez relayer les propositions des candidats ? Je n'ai rien à reprocher aux journalistes, ils font leur métier comme ils l'entendent. Mais j'observe qu'un bon papier est un papier qui a un angle et cette tyrannie conduit les journalistes à se placer dans la position du critique. Prenez les cinq ou six propositions de Dominique Strauss-Kahn pour une présidence engagée : je n'ai jamais pu en discuter sur le fond avec des journalistes de la presse écrite. Ce qui était intéressant pour eux, c'était plutôt de savoir s'il y avait un accord au sein du Parti socialiste entre untel ou untel ou comment se jouerait le second tour. Tout simplement car ils sont à la fois dans le spectacle, l'anticipation et la recherche du scoop. On n'est plus dans le moment présent, la presse écrite s'est engagée dans une course de vitesse, pour retrouver un attrait par rapport à la presse audiovisuelle. Mais les papiers anglés, ce n'est pas nouveau… Le procédé s'est nettement accentué ces dernières années sous le double impact de Libération et du journalisme d'investigation au journal Le Monde. Souvenez vous au début des années 70 du fameux papier de Serge July sur le meurtre de Bruay-en-Artois. Son papier était anglé sur le notable - évidemment sanguin - qui avait étranglé une femme. C'est à partir de là que la dimension de l'image, du sensationnel, voir du romanesque a commencé à prendre le dessus. Aujourd'hui, même les dépêches de l'AFP sont anglées. Les journalistes doivent aller au-delà de l'apparence, faire de l'investigation, dépasser la simple description des faits et pour cela, il faut angler. Parce que quand on angle, cela fait image et cela donne une thèse. Très vite une image s'impose à toute la profession puis on retrouve une succession de préjugés qui fonde cette thèse un peu partout dans les journaux. On est passé à un journalisme « écrit spectacle ». Quand un homme politique est interviewé, s'il est capable de trouver de bonnes formules, il sera immédiatement repris parce que la formule claque, la formule fait image, et cela sera le sujet d'une dépêche. Les politiques sont-ils devenus des acteurs ou même des marionnettes ? Non on ne peut pas dire cela, mais les hommes politiques doivent simplement prendre en compte cette évolution. Nous sommes constamment dans la nécessité de réagir à ce qui est dit dans les journaux. On fait beaucoup le reproche aux hommes politiques de penser à la com', mais c'est aussi la manière dont travaillent les journalistes qui les y incite fortement. Aujourd'hui quelqu'un qui ferait une campagne à la De Gaulle en faisant un vingt heures et en se contentant de faire deux déclarations à la presse se planterait complètement. Quelles sont vos relations avec les journalistes ? Encore aujourd'hui, je discute plus de politique avec les journalistes de la presse écrite qu'avec mes pairs. Les journalistes m'interrogent, avancent des arguments, parfois empruntés à l'adversaire, parfois fruit de leur propre réflexion. Ils sont quelque part à notre niveau, ils font aussi de la politique. Il faut savoir que la totalité de la classe politique est plus sensible à l'écrit qu'à l'audiovisuel. Les hommes politiques se déterminent sur les écrits, sur les papiers du Monde, de Libé ou des hebdos alors que tout le monde sait bien que l'opinion se fait sur la presse audiovisuelle. C'est un système bizarre. Pendant la campagne interne au Parti socialiste, les journalistes de la presse écrite avaient la plus grande difficulté à s'entretenir régulièrement avec DSK au téléphone ou de visu. L'idée des communicants est simple : on fait la télévision, on va toucher 15 millions de personnes au vingt heures alors qu'avec la presse écrite en touchera 150 000 au mieux. Mais il faut mener la bataille sur les deux terrains de la presse écrite et des mass-médias. Donc à partir de là, chaque homme politique a son poisson-pilote qui est chargé de faire l'interface avec la presse écrite. C'est valable pour moi avec DSK, comme d'autres le font pour Sarkozy, pour Royal, ou pour Fabius. Jeudi 28 Décembre 2006 - 16:41
Propos recueillis par Octave Bonnaud
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