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Berlusconi, de plus en plus inquiétantPartie 1/2Par Christophe Ventura, membre d’Attac France et de l’association Mémoire des luttes, qui tente d'expliquer le sens des dernières décisions du chef d'État italien. Selon lui, elles relèvent d'un projet politique général, et de fait, assez inquiétant.
Certains médias français (Le Monde du 5 août 2008 et Libération des 4 et 5 août 2008) s’interrogent sur le sens de la décision du gouvernement de Silvio Berlusconi de déployer 3 000 soldats dans plusieurs villes du pays. Nouvelle facétie communicationnelle ? Tour de vis sécuritaire ? Selon les propos du ministre de l’intérieur, Roberto Maroni (dirigeant de la xénophobe Ligue du Nord), cette décision vise à «donner aux citoyens le sentiment d'être en sécurité» (Le Monde du 5 août 2008). En réalité, elle s’inscrit dans un projet politique bien plus général et inquiétant.
Selon l’hebdomadaire Carta (1), le gouvernement Berlusconi, allié aux forces post-fascistes italiennes (2), a changé de nature par rapport à celui que le Cavaliere présidait en 2001, et il serait sur le point de mener une «guerre éclair» contre la société italienne. Pour Pierluigi Sullo, directeur de l’hebdomadaire, ce gouvernement «n’incarne pas la farce féroce d’un néolibéralisme «fun», comme il voulait se présenter en 2001. Il est pire que cela, bien pire. Nous n’avons pas encore commencé à comprendre sa véritable nature» (Carta, n° 29). Une vie démocratique réduite L’analyse mérite qu’on s’y arrête. La situation italienne se distingue, en effet, par une double évolution politique riche d’enseignements pour le reste de l’Europe, en particulier pour la France. Tout d’abord, le champ politique vient de connaître une mutation profonde : la disparition de la scène institutionnelle de la gauche «de gauche» de parti et, au-delà, le dépérissement des modes historiques d’organisation du mouvement ouvrier des 19è et 20è siècles, et donc des anciennes formes de rapports sociaux. Dans le même temps, s’installe durablement un bipartisme fondé sur un consensus idéologique libéral qui réduit la vie démocratique de manière quantitative - diminution du nombre d’acteurs sur le champ politique au profit de constitution de blocs englobants - et qualitative : rétrécissement des options politiques et idéologiques offertes aux citoyens.
Comme en France, cette standardisation néolibérale se traduit par l’avènement idéologique et électoral d’une droite bien singulière quant à ses formes d’expression et à son programme politique, économique et sociale. Identifier le paquet de mesures prises cet été par des «décrets d’urgence» permet de mesurer l’ampleur du phénomène, le rôle du Parlement s’étant limité à ratifier les décisions de l’exécutif : sur le plan budgétaire et fiscal, le ministre de l’économie, Giulio Tremonti, a élaboré un plan triennal 2009-2011 visant la refonte des dépenses publiques. Celui-ci prévoit une baisse tous azimuts des budgets de l’Etat dans la santé, le système de retraites, l’environnement (réactivation du choix nucléaire), l’éducation, le financement de l’échelon local, etc., au profit de l’augmentation de la participation du secteur privé. Avant l’hypothétique arrivée d’un repreneur, le sauvetage de la compagnie aérienne Alitalia, lui, est momentanément assuré grâce à des coupes claires dans les budgets de la sécurité routière, de la culture, de l’assurance chômage, des plans de reforestation, etc. Dans le même temps, le plan Tremonti accorde de nouveaux privilèges fiscaux aux catégories sociales les plus aisées : abattements divers, facilitation de l’évasion fiscale pour les entreprises, etc.
Des décrets dans tous les domaines Sur le plan social, le décret 112 est une ode à la «flexibilité» définie et promue par l’Union européenne (UE) : casse du contrat à durée indéterminée comme norme d’emploi, augmentation de la durée de travail effective des salariés, renforcement du droit des entreprises de licencier sans indemnités, complication et limitation des possibilités de recours pour les salariés devant la justice, etc. En matière de sécurité, quatre décrets permettent aux forces armées d’intervenir directement : - dans le domaine de la sécurité civile (surveillance des lieux publics, aéroports, gares, participation aux patrouilles de police, etc.) ; - dans le cadre de la mise en œuvre de «l’état d’urgence en matière d’immigration» décrété le 25 juillet en pleine campagne anti-roms. Cet état d’urgence prévoit la relance des politiques de quotas (qui reviennent à confier au patronat italien la gestion directe des cartes de séjour dans le pays), le renforcement des politiques de reconduite aux frontières, la pénalisation du statut de «clandestin» (environ un million de personnes concernées), et l’augmentation du délai de rétention des immigrés clandestins à 18 mois ; - A Naples, dans le dossier très médiatique des déchets. En matière d’éducation, c’est une baisse des financements publics de 1,3 milliard d’euros en cinq ans qui est prévue. Le gouvernement compte la compenser en facilitant l’entrée en force de fondations privées dans les universités. En ce qui concerne le droit à l’information, il a été décidé de réduire de moitié la contribution publique au secteur de l’édition, renforçant ainsi l’hyper-concentration du secteur médiatique italien. De nombreuses publications et journaux d’information et d’opinion ne pourront survivre à cette décision. Retrouvez la suite de cet article prochainement sur Marianne2.fr. Pour visiter le site de l'association Mémoire des luttes, cliquez ici. (1) Carta est l’hebdomadaire des «chantiers sociaux» en Italie. Il est très implanté au sein des mouvements sociaux depuis une dizaine d’années et participe activement au renouvellement des formes de la mobilisation sociale dans le pays. Les numéros 28 (25-31 juillet) et 29 (1er-7 août) ont constitué une aide précieuse pour la rédaction de cet article. Pour en savoir plus sur ce journal, cliquez ici. 2) Dans plusieurs villes du pays, candidats ou conseillers municipaux issus des rangs des partis de la droite nationaliste et régionaliste n’hésitent plus à s’inscrire dans héritage du Duce. Jeudi 14 Août 2008 - 09:03
Christophe Ventura
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