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Henri Rey : « Tous les ingrédients de l'abstention dans les quartiers sont réunis »

Pourquoi les cités s'abstiennent ? Pour Henri Rey, chercheur au Cevipof et à Sciences-Po, qui a observé une trentaine de quartiers populaires dans la durée, tous les ingrédients de l'abstention traditionnelle sont réunis dans ces grands ensembles.



Marianne2007.info: Comment expliquer les forts taux d'abstention dans les cités ?
Henri Rey : Sur un plan historique, les formes d'encadrements politiques traditionnels et associatives ont considérablement diminué. Beaucoup de militants ont quitté ces quartiers sans parler des élus. Tous les ingrédients de l'abstention traditionnelle sont réunis : le chômage, la jeunesse en échec scolaire, le nombre élevé de femmes en difficultés.
Par ailleurs, on observe que plus le nombre d'étrangers est élevé dans un quartier et plus le taux d'abstention augmente. Lorsque dans une même famille, une partie des individus ont la nationalité française et d'autres une nationalité étrangère, c'est bien souvent la famille entière qui ne se sent pas concernée par le rituel électoral. Voilà, à mon avis, une conséquence du refus d'accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales.

Que penser du discours de Sarkozy, qui se place du côté des victimes de l'insécurité habitant dans les quartiers?
Le problème, c'est que ce type de discours sur les questions d'insécurité désigne précisément ces lieux comme des foyers de dangerosité. Il est difficile pour les habitants de ces quartiers d'assumer cette charge. C'est une manière de forcer le stigmate sur ces quartiers qui rappelle la campagne sur l'insécurité de 2002.

Le Front National était il en tête dans les cités en 2002 ?
Sur l'échantillon d'une trentaine de quartiers que j'étudie depuis vingt ans, Jospin était en première position, le Front National était en troisième position. En réalité le Front National était en diminution en 2002. Il faut mettre cela en relation avec la faiblesse de l'audience des partis de droite traditionnelle dans les Cités.
Dans les années 80, l'électorat de droite qui était historiquement peu important s'est radicalisé dans les quartiers. La seine Saint-Denis était à la fin des années 80 et au début des années 90 un des départements qui votait le plus pour le Front National avec des départements comme le Var, ou les Alpes-maritimes. Les soutiens ou la sympathie pour le Front National n'ont pas été pérennisés par une structure militante suffisamment forte. Et puis les populations ont évolué, se sont renouvelées, dans les quartiers qui comptent le plus d'immigrés ou d'enfants d'immigrés le score du Front National diminue.

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La gauche et les classes populaires, histoire et actualité d'une mésentente, La Découverte, 2004.