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Bayrou : le saut de la mortPar Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.
Voici le moment venu pour François Bayrou du saut de la mort. On l’appelle aussi le saut de l’ange. Ce saut très périlleux dans le vide. Il y risque la mort politique ou la vie libre, enfin. Un saut sans élastique, sans garde-fous, en solitaire aussi car l’aventure n’est pas recommandée aux âmes sensibles, aux enfants non accompagnés et aux députés qui s’inquiètent trop de leur avenir électoral. Comment ne trembleraient-il pas dans et sur leurs sièges, puisqu’il s’agit de refuser le choix censément obligé entre la gauche et la droite, entre « la peste et le choléra ».
Sur 29 élus UDF et apparentés, 23 se sont déjà défilés. Ils ont signé dans Le Figaro ce matin leur volonté de rejoindre la majorité présidentielle, sans toutefois se fondre dans l’UMP. On a sa dignité !... Ces centristes-là préfèrent donc un esclavage doux, plutôt qu’une mort certaine ou une alliance avec la gauche, car, selon eux, la démarche rebelle et solitaire de Bayrou conduit inéluctablement à une « entente honteuse avec la gauche ». Ces mêmes élus, qu’effarouche le projet bayrouiste, n’avaient pourtant pas de mots assez durs contre « l’Etat Sarkozy », contre son « néo-conservatisme réactionnaire ». Ils louent désormais, en chœur des vierges émouvant, la sagesse et la volonté d’ouverture du nouveau président qu’ils qualifiaient hier encore de « fieffé réactionnaire », héritier impavide de ce RPR qui n’avait jamais eu pour conception de la négociation que celle de Staline : ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable. Pour François Bayrou, la désertion de ses « bédouins » transformés en harkis de l’UMP est un coup dur. Il les avait baptisés bédouins parce que ceux-là, précisément, avaient montré plus de caractère que les autres en 2002, et ne l’avaient pas trahi. Maurice Leroy, Hervé Morin, Bernard Bosson, pour ne citer qu’eux, avaient alors pris le risque de traverser le désert avec leur chef, pendant que ses plus proches l’abandonnaient, comme Claude Goasguen, un si vieil ami !... Ces coriaces donc avaient alors résisté aux pressions de l’UMP et soutenu François Bayrou, qui n’avait pourtant réalisé qu’à peine plus de 6% à l’élection présidentielle. Or, voilà que le Béarnais obstiné obtient près de 7 millions de suffrages, un score inespéré. Mais, l’avenir est indécis avec son refus résolu de Sarkozy, avec des alliances qui demeurent incertaines et dépendent du score du mouvement centriste que Bayrou aura su ou non faire vivre. Le président de l’UDF croit que ce mouvement est désormais lancé, que personne ne pourra l’arrêter, qu’il va même s’amplifier car la droite demain se caricaturera et la gauche se déchirera. Certaines personnalités pourraient le rejoindre, tel l’écologiste historique et député européen Jean-Luc Benhamias – mais ça va secouer. Tant pis pour ceux qui ont le mal de mer et craignent de passer par-dessus bord. Bayrou veut des hommes et des femmes, des vrais ! « N’ayez pas peur », leur a-t-il répété comme à des enfants, nous avons les moyens de vous faire gagner ou, plus exactement, de faire battre suffisamment de candidats de l’UMP comme du PS pour que ces partis soient contraints de ménager les sortants ». Sur la base du premier tour, c’est exact. Mais il faut une certaine foi en l’avenir quand même, car quelle sera la mobilisation pour les législatives ? Les candidats centristes obtiendront-ils dans 200 circonscriptions, les 12,5% des inscrits nécessaires pour se maintenir au second tour ? Bayrou en est persuadé. Dès à présent, un certain nombre de dirigeants socialistes régionaux ont pris langue avec leurs homologues centristes, pour s’épargner pendant la campagne et s’entendre entre les deux tours. En Bretagne, en région PACA, en Alsace, il y aura des désistements réciproques, même si la direction du PS fait semblant de prétendre le contraire. C’est en discussion dès maintenant et ça le sera aussi avec certains responsables locaux de l’UMP. La politique sur le terrain, c’est ça. Et pour Bayrou, pour son nouveau parti – le Mouvement Démocrate qu’il lance jeudi, ce sera une partie de poker d’enfer. Il leur faut absolument faire élire 20 députés pour constituer un groupe à l’Assemblée Nationale, où se jouera l’opposition, l’actualité politique. Tous les bookmakers de la place parient que le centriste va se planter, qu’il a vendangé sa crédibilité et ses électeurs entre les deux tours. Et, qu’à l’arrivée, il se retrouvera tout seul à l’Assemblée avec le Berger chantant des Pyrénées, Jean Lassalle. Mais Bayrou répète qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné. Une solitude peuplée : plus de 10 000 personnes se sont déjà inscrites à son Mouvement démocrate qui n’existe pas encore. La « 3ème force » serait en eux et en leur esprit. N’oubliez pas que ce sont des croyants à l’origine et des croisés désormais ! Mercredi 09 Mai 2007 - 13:11
Nicolas Domenach
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Tags :
bayrou
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