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Azouz Begag craque

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.



Hier, ce devait être une belle journée pour Nicolas Sarkozy grâce à Bernadette Chirac qui devait lui apporter son soutien avec toute la chaleur dont elle est capable… Si l'on se souvient de la détestation qu'elle lui manifestait après son choix pour Balladur - elle assimilait alors son balladurisme à un crime de haute trahison méritant la peine capitale après torture -, on mesure le chemin parcouru et l'habileté psycho-politique du patron de l'UMP. Il lui en a fallu des efforts diplomatiques pour renouer les fils avec celle qui avait juré de ne jamais lui pardonner. Il lui en a fallu des trésors d'attention et des égards distingués, « dorloteurs » envers celle qu'il n'appelle plus que la « bonne fée de l'Elysée » et qui s'est ensuite beaucoup entremise pour éviter que tous les fils ne soient rompus entre son époux et le fils maudit par Chirac qui affirmait « ignorer la rancune » mais la poursuivait de sa rancune implacable.

Bernadette, « l'homme politique de l'Elysée », qui est plus conservatrice que son mari, appréciait l'action de Sarkozy au ministère de l'Intérieur et considérait dès 2002 qu'il n'y aurait pour la droite pas d'autre carte à jouer que cet ex-« petit Satan » beaucoup plus efficace et prévenant que Dominique de Villepin, ce « Néron » qui aurait pris la première place dans le panthéon de ses détestations.

Sarkozy, pardonné, officiellement, Sarkozy, réhabilité et adoubé par la Première Dame de France, pouvait, à juste titre, afficher un large sourire, même si Claude Chirac manque encore au rassemblement. Sauf que ce jour d'adoubement était gâché par une mauvaise nouvelle. Azouz Begag, ministre en charge de la Promotion de l'Egalité des Chances, allait sortir un livre à charge contre lui. Pour empêcher la sortie de cet ouvrage intitulé très symboliquement Un Mouton dans la Baignoire (éditions Fayard), les pressions n'ont pas manqué.

Dominique de Villepin s'était déjà fâché de ce qu'Azouz Begag, comme François Goulard le ministre de l'Enseignement Supérieur, aient opté pour Bayrou. Il leur avait déjà suggéré de démissionner. En vain, puisque les autres ministres s'étaient engagés pour Sarkozy sans subir semblable ukase. Mais, pour empêcher la sortie du brûlot, le chef du gouvernement, sous pression de Sarkozy, a tenté de dissuader son ami Begag de toute publication. Un temps, le ministre de l'Egalité des Chances a plié et envisagé de différer la publication pour complaire à celui qui l'avait appelé au gouvernement. Mais le livre était déjà calé, quasi-distribué, le bon-à-tirer signé et Begag voulait se libérer du poids de tous ces mots qu'il portait sur le cœur, l'estomac, la colonne vertébrale. Car c'est un long calvaire qu'il raconte, les souffrances d'un jeune immigré très diplômé puisque docteur en économie et sociologue réputé habitué des micros, mais pour qui les ennuis ont commencé une fois jeté dans la fosse aux lions.

Begag qui ne voulait pas être l'Arabe de service va découvrir d'abord combien un homme de la société civile n'est rien dans ce milieu. Et moins que rien même, s'il ne dispose pas de réseaux journalistiques, patronaux et prétend s'opposer au puissant patron de l'UMP. Comme son parrain était totalement absorbé par ses nouvelles fonctions et sa guerre conte son ministre de l'Intérieur, Begag s'est retrouvé seul, sans administration, sans moyen, et donc méprisé par les autres ministres qui l'ont humilié, écrasé ; ses chaussures même s'en souviennent que ses collègues n'ont cessé de piétiner ! Même l'équipe Borloo avec qui il devait travailler l'a tenu à l'écart. Alors, Begag, dénoncé par la gauche comme traître à la cause qu'il aurait dû servir puisque enfant des exclus, se trouvait abandonné par ceux qui, croyait-il, allaient le soutenir pendant que Sarkozy et les siens le pilonnaient. Ce ministre transparent raconte avec effarement les pressions, les intimidations qu'il a subies quand il a pris position contre la discrimination positive, contre ces « mots incendiaires » : « Kärcher, racaille ». Il raconte ses entrevues avec Sarkozy qui passe de la séduction à l'affrontement. Ce monde-là est hyper violent, le ministre de l'Intérieur et élu de Neuilly a été élevé là-dedans, pas l'enfant des bidonvilles de Lyon qui sait la dureté du combat de rues mais ne comprend pas qu'un ministre de la République, ulcéré par une de ses déclarations où il s'est senti insulté, veuille lui « casser la gueule ». Il ne comprend pas non plus que « les médias, selon lui, le boycottent » depuis qu'il est devenu anti-Sarkozy. Alors il a écrit, tous les jours, toutes les nuits. Son livre disait-il, c'était son arme nucléaire. Normalement, une arme nucléaire c'est une arme de dissuasion. Mais là, c'est parti.

Vendredi 06 Avril 2007 - 12:26
Nicolas Domenach
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Tags : azouz begag
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